Je n’ai pas choisi de m’expatrier à Londres. Quitter Paris signifiait abandonner une activité professionnelle que j’avais créée sur mesure pour correspondre à mes compétences, à mes envies et à mes besoins financiers. A Londres, je me suis longtemps occupée comme j’ai pu, et puis la nécessité de m’associer à d’autres, de réaliser quelque chose de tangible a pris le dessus.
Je ne connais rien au monde d’internet ni au monde des médias, mais la rencontre d’une amie – Mélanie, nanny – , la lecture d’un livre – Composing a Life -, et une annonce lancée dans Ici Londres pour créer un site d’infos pratiques pour mamans perdues, ont entrainé, par leur enchaînement, ces pages web.
Mamansalondres est un site communautaire dont la réalisation et le développement reposent sur la participation des femmes qui veulent bien y contribuer par leurs talents, leurs envies, leur savoir-faire. Sa dynamique s’établit sur le mouvement de l’improvisation, sur les jeux du hasard et des rencontres.
Une communauté complice et efficace
Nous venons toutes d’horizons familiaux, culturels et professionnels différents. Nous ne nous ne nous sommes jamais rencontrées et pourtant nous nous connaissons déjà : toutes mamans françaises expatriées à Londres nous avons eu à transplanter et à implanter une famille à Londres.
Faire grandir nos enfants dans une métropole aussi cosmopolite et dynamique que Londres représente à nos yeux une chance. Mais cette opportunité n’est pas si simple à vivre. Nous nous débattons tous les jours pour comprendre les ficelles des systèmes médicaux, éducatifs… Loin de nos familles, de nos amis et de nos repères, nous nous sentons parfois isolées et perdues.
Mais nous avons pour la plupart, fait l’expérience de trouver dans une autre maman une source infinie de réconfort et d’informations.
Sur les playgrounds, à la sortie des écoles, nous nous reconnaissons, nous nous rapprochons, nous discutons, nous échangeons nos numéros de téléphones, nos emails, nous nous donnons rendez-vous, bref, nous nous lions les unes aux autres. Mamansalondres est fondé sur cet attachement et sur cette entraide spontanée des mamans, il ne fait que propager et accroître ce processus en le mettant en ligne et en réseau.
Une communauté de talents
Un grand nombre d’entre nous ont abandonné une carrière, un travail ou une activité qui leur tenait à cœur, pour suivre leur compagnon. Certaines d’entre nous ont du mal à trouver un job à la hauteur de leurs qualifications, d’autres ont décidé de se consacrer à l’organisation de leur vie familiale.
La communauté des mamans françaises de Londres constitue un vivier de talents et de compétences en suspens. L’une des vocations de mamansalondres est de nous permettre de faire valoir nos compétences et nos talents parfois laissés en jachère dans l’aventure de l’expatriation.
Une communauté qui n’attend que vous
Notre perspective un peu décalée, un peu ethnologique sur les faits de notre vie quotidienne à Londres et sur les habitudes culturelles des autochtones constitue une source infinie de divertissement. Nos savoirs, nos trucs, nos bons plans constitués au fil du temps et de nos rencontres, nous donnent une expertise unique.
Participons toutes : par la publication de nos astuces, de nos adresses, de nos infos, mais aussi au travers de nos discussions sur les forums, et plus encore par la mise en scène de nos vies à Londres au travers de nos chroniques et de nos billets.
Une seule devise : enjoy your life in London
Mamans à Londres est le site de la communauté des mamans francophones de Londres. Il est à notre image, une image composite qui allie le cosmopolitisme londonien et le savoir vivre à la française.
Sa vocation est triple : informer, divertir, créer un réseau.
Sa philosophie : être résolument ouvert sur les cultures et les modes de vie londoniens des enfants et de leurs parents.
Son vœu : rendre la vie quotidienne la plus facile et nous permettre de profiter de tout ce que la métropole londonienne peut offrir de meilleur et de plus différent.
Son seul mot d’ordre : Enjoy your life in London.
Genese de Mamans à Londres
Un matin de novembre je réalise que je suis enceinte. Et bizarrement, cet événement tant attendu me plonge dans un léger désarroi, une stupeur inquiète. En femme imprévoyante que je suis, je ne me suis jamais préparée à être enceinte à Londres, ni à y être suivie durant ma grossesse, ni à y accoucher. Très vite, l’anxiété me submerge et le papa du futur bébé, prenant très au sérieux le rôle d’ « homme au petit soin pour la future mère de son enfant » prescrit par tous les magazines, m’invite à accoucher à Paris près de mes parents. Me voilà tout à coup rassurée. Mais un sentiment étrange persiste : Londres, cette ville que je pensais être mienne, que j’avais parcourue dans tous les sens, dans plusieurs quartiers de laquelle j’avais habité, ne m’est pas aussi intime que je pouvais le penser, du moins elle ne l’est pas suffisamment pour que je puisse y donner naissance à mon premier bébé.
La décision d’être suivie durant ma grossesse et d’accoucher à Paris étant ferme et définitive, me voilà partie dans la joie d’attendre mon premier enfant. Je continue à travailler – un peu moins, il faut savoir se ménager dans mon état – et surtout je profite de Londres. Je pars dans des excursions shopping toute la journée, je vais au cinéma, je fais les expos, je traverse les parcs, je m’offre des petits lunchs bien mérités, je dîne avec le futur papa dans les restaurants les plus extraordinaires qui soient. Et toujours en femme imprévoyante que je suis, je ne m’occupe de rien d’autre que de moi-même. Au cours de mes balades, je ne repère aucun playground – le bébé sera dans son 13ème mois quand je rencontrerai ce mot pour la première fois – ; sur internet je ne cherche que les horaires des séances de ciné, les sites concernant la petite enfance à Londres ne font pas partie de mon agenda ; je ne me préoccupe d’aucun mode de garde, j’ai d’ailleurs décidé de garder le futur bébé moi-même ; dans les magasins je ne m’intéresse pas aux rayons puériculture, je me dis que j’ai bien le temps, que ça porte malheur et qu’après la naissance du bébé je ne ferai plus que ça. Donc, mieux vaut en profiter avant et suivre le bon conseil d’une copine proféré sur un balcon lors de la birthday party de ma filleule, un verre de champagne à la main : « Va au cinéma jusqu’à sentir de fortes contractions ». Deux mois avant la date du terme je rentre à Paris – il ne faudrait tout de même pas prendre le risque d’accoucher à Londres – et là mes parents prennent le relais, ils me chouchoutent. J’en profite pour faire le tour des copines et ce jusqu’au moment où je perds les eaux et où j’entre en clinique.
Deux mois après la naissance du bébé, le papa et moi-même avons convenu qu’il me fallait retourner à Londres et quitter le giron maternel. Et me voilà de retour. La ville que je pensais connaître si bien est devenue terra incognita ; son territoire s’est réduit à un mouchoir de poche, avec un landau vous n’allez pas très loin. Je parcours le parc près de chez moi en essayant de faire dormir le bébé. Je commence à me familiariser avec le « child department » du John Lewis du coin. Je suis morose. Le papa du bébé rentre tard. Je téléphone aux copines, à ma mère. Je multiplie les retours à Paris pour souffler. Je me dispute de plus en plus avec le papa du bébé, à qui je reproche de ne pas être suffisamment présent, je parle de plus en plus de repartir définitivement à Paris. Je suis perdue, je trouve Londres inhospitalière, je ne reconnais plus cette ville, je ne la reconnais plus comme mienne.
Bon an, mal an la première année se passe, les nombreuses siestes du bébé me permettent de lire, de travailler un peu. Plus il grandit, moins il dort. C’est l’été et je découvre un petit jardin qui entoure une église où il peut faire du quatre pattes en toute sécurité pendant que je lis. Ce petit jardin devient mon havre de paix, j’y retourne tous les jours. Et puis un jour, une jeune femme approche avec un bébé du même âge que le mien, elle lui parle français, je lui adresse la parole, elle est sa nanny et elle est nanny depuis 15 ans à Londres. Cette jeune femme va m’ouvrir les portes d’un monde. Elle va me rendre Londres, mais un Londres que je ne connaissais pas, fait de playgrounds, de play groups, et de play dates, de children centers, de classes en tous genres – gym, music, art, yoga. Dans un playground qu’elle m’a indiqué et devant lequel je suis passé autrefois 200 fois sans y accorder la moindre attention, je rencontre une autre jeune femme qui a un petit garçon sensiblement du même âge que le mien. Nous échangeons nos mails, nos numéros de téléphone et nos trucs de mamans à Londres. Ces deux jeunes femmes deviennent mes copines et les deux petits garçons les copains de mon fils. Je retourne de moins en moins à Paris. Mon fils commence à avoir un agenda de ministre et je cours partout. Je ne joue pas à « coucou» mais à « peekabou ». Je trouve « Dodo l’enfant do » ringard et je préfère chanter «Twinkle, twinkle little star ». Quand le papa rentre tard, j’en profite pour souffler un peu, me faire un plateau repas succinct devant un dvd nana. Bien sûr, je bataille encore pour comprendre toutes les ficelles et devenir une maman à Londres accomplie, mais je suis heureuse.
Mamansalondres est le bébé de cette longue gestation. Je veux voir dans ce site un immense playground sur les bancs duquel les mamans discutent, échangent des trucs et des services, rigolent, se donnent rendez-vous, réfléchissent, se soutiennent, s’associent, montent des business, où les mamans à Londres font alliance.
Catherine Déliot

